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La fête est finie, récit de l’OVNI d’Orelsan

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Si il y a un album que tout le monde attendait, c’était bien La fête est finie d’Orelsan.

Orelsan revient ici avec son troisième album solo. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est le centre de toutes les discussions depuis sa sortie. Un chef d’oeuvre est par définition quelque chose qui amène à la réflexion, au débat et à la critique. La fête est finie fait encore plus que ça, il interroge sur Orelsan lui même. Est-ce Aurélien, est-ce l’acteur de Bloqués, est-ce Orelsan des Casseurs Flowters, est-ce Orelsan du Champ des sirènes, est-ce une ancienne star qui revient pour refaire de l’argent ou encore est-ce le Orelsan de Basique ? Pas sûr que La fête est finie réponde vraiment à cette question, mais ce qui est sûr, c’est que cet opus est très clairement un OVNI.

Une oeuvre qui a besoin de maturation

Par où commencer avec cette tracklist ? Impossible de définir un axe principal, si ce n’est une longue plainte d’une quinzaine de morceaux. Parce que cet album résonne comme un cri de détresse, à tous les niveaux. Il interroge sur le réel style d’Orelsan, et sur ses réelles ambitions. Je définirais la tracklist plus tard, mais elle est aussi fouillis que construite, aussi agaçante que génial. A la première écoute, difficile d’élaborer une critique constructive, si ce n’est une déception. La déception d’un nouveau style, de nouvelles sonorités, en clair la déception d’un changement. Car si on attendait Orelsan partout, c’était clairement pas ici. Alors après plus d’un mois de réflexion, il est temps de définir vraiment La fête est finie, le troisième album d’Aurélien Cotentin.

L’album d’Aurélien plus que celui d’Orelsan

On connaît les rappeurs à egotrip, mais Orelsan est bien plus que cela. C’est un artiste, au sens premier du terme, qui ne parle que de lui, ou des choses qui gravitent autour de lui. De ses problèmes de famille à son épanouissement dans son couple en passant par la ville de son enfance, Aurélien Cotentin dresse son portrait robot à travers des sons aussi semblables que différents. Orel’ est emprisonné dans sa vie de célébrité, et il ne manque pas une occasion de nous le rappeler.

Un emballage significatif

Cette déprime qui touche Orelsan, il la transmet jusque dans la pochette de son album. Il est enfermé dans le métro, qui pourrait représenter son “train train” quotidien de star qui l’excède, il veut s’en aller, il pose alors une main sur la vitre. Le titre même de l’album le représente. Si la fête est finie semble signifier que c’est la fin de la (première) trilogie d’Orelsan, c’est aussi et surtout un cri du caennais qui regrette sa vie d’avant. Allez, fini de tergiverser, rentrons dans cette fête explosive que nous réserve Orelsan.

Ouverture et fermeture, peinture du passé futur

L’album que nous livre ici Orelsan est bien plus mélodique et chanté que ce à quoi on s’attendait, ce qui créa une certaine déception chez les fans de “Perdu d’avance” et du “Chant des sirènes”. Si la grande majorité des sons de l’album restent dans la même veine, deux sons se distinguent de par leur côté oldschool et texte self-centré. Hasard, coïncidence ou réelle ambition, quoiqu’il advienne ces deux tracks sont l’opening et l’ending de l’album : San et Notes pour trop tard. Ces deux sons rappellent vraiment le Orelsan d’avant, San faisant office de très bon incipit. Par contre, pour Notes pour plus tard, il y a plus de choses à dire, c’est un des sons les plus importants, de l’album mais aussi de la carrière entière d’Aurélien.

Notes pour trop tard, chef d’oeuvre poétique

Si il faut commencer par analyser un texte plutôt qu’un autre, c’est assurément celui-ci. Cette musique, car c’en est réellement une, termine donc cet album. C’est un réel testament, plein de vérité et de justesse. Il décrit parfaitement une réalité dont on parle trop peu souvent, accompagné par une mélodie qui va constamment en crescendo, et un flow d’Orelsan très proche d’un slam.

Notes pour trop tard est une ode à l’espoir et à la motivation, qui contredit mine de rien pas mal de propos tenus dans les tracks précédents. Ici, tout est fait pour relativiser, et c’est Orelsan lui-même qui semble en être le premier destinataire de ce message. Finalement, il se fait peut-être trop de nœuds au cerveau, et semble désormais s’en rendre compte. Notes pour trop tard est définitivement une synthèse magique et poétique de cet album, voir de ses trois albums…

Un corps d’album consistant, et musicalement intéressant

Si je vais traiter de quelques sons en particulier, il m’est impossible de tous les analyser. Je vais donc ici traiter rapidement de ce que j’appellerai le corps de l’album.

2-La fête est finie

4-Tout va bien (récemment clippé par Orelsan)

5-Défaite de famille

7-Bonne Meuf

8-Quand est-ce que ça s’arrête

11-Dans ma ville on traîne

13-Paradis

Ces sons ne sont pas forcément mauvais ou inintéressants, au contraire, mais ils méritent peut-être moins d’en parler. On pourra simplement dire de Tout va bien que son clip est génial et qu’il a la capacité de devenir un tube, ainsi que Défaite de famille et Quand est-ce que ça s’arrête. La fête est finie est un son peignant bien le portrait de cet album, Bonne Meuf en est tout le contraire, rappelant les freestyles assistés par ordinateur. Dans ma ville on traîne et Paradis sont d’excellents sons, qui parlent d’eux mêmes. Pour être tout à fait complet, il faut également parler des featuring, et croyez-moi il y a des choses à dire.

A la manière de l’album, des feats hétéroclites

Maître Gims, Dizee Rascal, Nekfeu et Stromae (et Ibeyi à la compo). Qui aurait pu imaginer une telle carte ? Nekfeu, Maître Gims et Stromae, soit autant de personnalités musicales aux antipodes les unes des autres. Les feats sont à l’image de l’album, ils divisent. Si le double feat Dizee Rascal et Nekfeu ravit par sa technique, le feat avec Maitre Gims interroge et celui avec Stromae surprend. Chaque artiste invité sur le disque amène sa touche personnelle, ce qui donne une nouvelle expérience musicale au sein d’un même track. On découvre même un nouveau Stromae qui rechante, un Maître Gims qui retourne à ses origines du rap et une incroyable affinité entre Orelsan et Nekfeu.

Des sons énigmatiques… pour autant mauvais ?

Il ne faudrait pas résumer La fête est finie à Notes pour trop tard, ce serait une grave erreur de jugement sur le réel contenu du projet. On compte notamment deux tracks mystérieux au possible. Le plus significatif est Christophe, en featuring avec Maitre Gims. Oui, vous avez bien lu, Maitre Gims. L’association semble farfelue, le son l’est tout autant. Sur une prod vraiment étrange, Orel’ et Gims prononcent des paroles énigmatiques, avec comme étendard un refrain dont peu semblent avoir trouvé la signification. Ensuite, on trouvera La lumière, un son où Orelsan emploi l’autotune jusqu’a saturation. Ce track est souvent cité comme le pire de l’album, et pour cause il est très éloigné du style de prédilection d’Orelsan, celui pour lequel ses fans le suivent.

Orelsan divise

Mais ce n’est pas parce que ce n’est pas son style usuel que le son est mauvais, il touche simplement moins la sensibilité de ses fans. Dans cet album, tout est question de sensibilité. Effectivement, Orelsan est plus que jamais un rappeur qui divise les communautés. Entre ceux qui continuent de l’adorer, ceux qui sont déçus, ceux qui restent indifférents et les traditionnels “anti-hype”, Orelsan donne du grain à moudre à l’entièreté de la communauté du rap français. Pour connaître l’opinion générale, nous avons publié sur notre compte Twitter un sondage demandant ce que vous pensez de cet album, “le dernier de la saga”.

Comme vous pouvez vous en rendre compte, sur plus de 140 votes, 30% sont déçus par l’album. Si le taux de satisfaction reste tout de même élevé, on constate une tendance à la critique sur cet album. Après, je vous le concède, ce sondage n’est peut-être pas le plus représentatif, et 30% c’est tout de même faible. Mais la statisitque qui selon moi est la plus importante, ce sont les 10% qui disent que Orelsan n’est plus lui même.

Un autre Orelsan, le dernier de la saga ?

Pour avoir discuté avec bon nombre de fans d’Orelsan, leur problème principal est que l’album ne ressemble pas a l’Orelsan de “Perdu d’avance”. Orel’ est un artiste qui évolue avec le temps, et désormais c’est son propre style qui évolue au fil des sons. Il commence d’ailleurs le morceau Chistophe par :

“Déjà t’as compris jm’en bas les couilles”

Par cette tournure plutôt simpliste, Orelsan nous fait clairement comprendre que peu importe l’avis des gens il continuera à faire ce qu’il aime. Même si il semble apprécier son rap, cet album devrait être le dernier dans cette veine. Effectivement, dans San, il lâche :

Orelsan part.3

Le dernier de la saga

Un vrai revirement de carrière à attendre ?

 

Pourquoi Orelsan est-il détesté par certains ?

J’ai à peu près dit tout ce qui était possible sur cet album, mais il reste encore une facette que j’aimerais explorer. Après avoir discuté avec plusieurs auditeurs et auditrices de rap, qui m’ont tous dit apprécier Orelsan et/ou le nouvel album, une amatrice de rap m’a assuré détester le caennais, peu importe ses albums ou ses sons. Après avoir creusé et ré-étudié le cas d’Orelsan, il m’apparaît finalement assez atypique. Car il a beau faire des chiffres hallucinants en une semaine, plus de 96 000 ventes (streaming + digital + physique), Aurélien possède un style bien à lui, atypique, qui peut déplaire. C’est aussi là la force d’Orelsan, il est tellement atypique et spécial que l’audience s’attache à lui, s’identifie parfois, et cela lui permet de, si il ne fait pas l’unanimité, faire le meilleur démarrage pour 2017. A couper le souffle.

La fête est finie est une incroyable expérience

Orelsan n’a clairement pas terminé sa carrière. Son troisième album, le plus attendu, est peut-être aussi celui qui a le plus déçu les fans. En tout cas au premier abord. Selon moi, La fête est finie est une oeuvre qui demande du temps, pour pouvoir en tirer le maximum. Orelsan fait parler, Orelsan parle, Orelsan rap, Orelsan éblouit, Orelsan fait du Orelsan, en mieux.